Fonds « eau »
Depuis un certain nombre d'années, les institutions financières proposent des fonds d'investissement à caractère durable appelés fonds ISR (Investissement Socialement Responsable). Certains de ces produits se concentrent sur une thématique particulière comme celle de l'eau. L'idée de départ est que l'eau étant une denrée de plus en plus rare, par conséquent, le marché de l'eau devrait afficher des rendements élevés.
Le monde financier belge est également actif sur ce marché. A cet effet, les banques intègrent, dans un produit structuré, une liste d'entreprises actives dans le domaine de l'eau ou fournisseurs de l'industrie de l'eau. En règle générale, ces fonds « eau » se voient coller, par l'institution financière, une étiquette de durabilité. C'est ainsi qu’en 2000, la banque KBC a lancé sur le marché le KBC Eco Fund Water.
Crise économique : manque d’intérêt ?
« L'intérêt pour les fonds « eau » durables s'est fortement accru au cours des dernières années. Si début 2006, le portefeuille de gestion s'élevait à un petit peu plus de 20 millions d'euros, il a augmenté pour atteindre aujourd'hui plus de 745 millions d'euros », assure Anneleen Van Herreweghe, sustainability analyst chez KBC.
"Depuis la crise économique, l'intérêt pour les fonds « eau » durables ne semble pas en perte de vitesse, seule l’introduction semble plus difficile. Il s'agit notamment d'un fonds ouvert pour lequel l'appétit de l'investisseur s’est fortement réduit pour le moment et pour lequel aucun nouveau produit structuré n’est lancé. Mais en soi, la thématique continue à survivre au sein du monde bancaire.»
Fonds durable ?
Pour l'investisseur, le fait que son investissement contribue effectivement au développement durable sous tous ses aspects n’est pas si évident. Souvent, dans la liste où sont rassemblées les entreprises actives dans le domaine de l'eau, se trouvent également des firmes ayant leur siège à l'étranger dont les activités sont moins transparentes. De plus, l'investisseur a souvent du mal à comparer les critères des fonds « eau » proposés par différentes banques.
Quels sont les conditions d’accès pour qu’une entreprise entre dans un fonds « eau » ? Pour être admises dans le fonds « eau » de la banque, les entreprises doivent satisfaire à d’importants critères.
D’une part, l'entreprise doit présenter une pertinence par rapport à la thématique et d'autre part, l'ensemble de l'entreprise doit satisfaire, tant en ce qui concerne ses activités liées à l'eau que celles non liées à l'eau, aux conditions de durabilité. « C'est ainsi que nous imposons une série de conditions de base, comme le respect de notre politique liée aux armes ou de celle relative aux biocarburants. De plus, l'entreprise ne peut pas s’être rendue coupable de violations des droits de l'homme, de gestion incorrecte ou de concurrence déloyale, par exemple. À cet égard, l'entreprise est examinée selon un certain nombre de critères positifs et de critères supplémentaires comme les 4 P (people, planet, profit, principles) et non d’après des critères d'exclusion », ajoute Anneleen Van Herreweghe.
En d'autres termes : l'analyse de la durabilité des entreprises s’effectue tant sur la base de critères environnementaux que sur la base de critères sociaux.
Deux O.N.G. actives dans le domaine ont mené, en 2007, une enquête intitulée ‘Réflexion critique sur les investissements socialement responsables par le biais de fonds « eau »’. Elles ont constaté que les fonds «eau » ne répondaient pas aux conditions qu'elles considéraient en tant qu’ O.N.G comme durables.
Les choses bougent dans le domaine. Lors d'un colloque sur les investissements éthiques qui s'est tenu début avril 2009, Belsif s'est déclaré en faveur d'une norme minimale pour l'investissement éthique. C'est un point de vue inédit qui engage également certaines banques comme la KBC. Jusqu'à présent, la plupart des banques décidaient elles-mêmes lesquels parmi leurs produits financiers (et notamment les fonds « eau ») méritaient d’être qualifiés d’éthiques.
D'après Belsif, cette norme minimale devrait donc garantir une plus grande transparence et une qualité minimale obligatoire pour les produits ISR. Enfin une évolution positive dans le domaine des ISR, évolution qui – à tout du moins pour les fonds « eau »– donne tout son sens à l’adage selon lequel « investir dans l'eau, c'est investir dans l'avenir ».
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