
La problématique et ses causes
Chaque Belge qui mange de la viande contribue à une émission de CO2 nette de l’ordre de 1200 kg, soit 12,4 mégatonnes pour l’ensemble de la population. Cette quantité équivaut à 80 milliards de kilomètres en voiture. La production d'un bifteck génère autant de gaz à effet de serre qu’un trajet en voiture de 4 km. À l’échelle mondiale, l'élevage de bétail constitue 18 pour cent des émissions totales de gaz à effet de serre (7,1 milliards de tonnes d’équivalents CO2 par an).
En d’autres termes, la consommation de viande et l’utilisation de la voiture favorisent les changements climatiques dans une mesure quasi identique. À ce titre, le rapport Livestock’s Long Shadow (« L'ombre de l'élevage sur l'avenir de la planète ») de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture est édifiant : « la consommation de viande fait partie des trois principales raisons à l’origine des problèmes environnementaux majeurs ». Le rapport confirme que l’élevage de bétail a non seulement un impact négatif sur la qualité du sol, l’approvisionnement en eau potable et les pluies acides, mais qu’il contribue aussi dans une mesure importante au réchauffement de notre planète.
Et pourtant, le Belge persiste à manger de la viande de manière irresponsable. Selon l’Enquête nationale de consommation alimentaire, chaque Belge assimile en moyenne 160 g de produits protéiniques par jour (essentiellement de la viande), alors que les prescriptions en matière de santé publique fixent la limite à 100 g par jour.
Les instances politiques n’ont pas conscience de l’importance de la consommation de viande sur la protection du climat. Les autorités flamandes ne semblent pas décidées à faire de la modération de la consommation de viande une de leurs priorités sanitaires. Au niveau fédéral, nos dirigeants ne parviennent pas actuellement à apporter de réponse appropriée aux prescriptions énoncées par le Bureau du plan dans son Rapport fédéral sur le développement durable, qui stipule pourtant clairement que la consommation de viande doit être réduite de toute urgence.
La viande est soumise à un faible taux de TVA et les coûts découlant de la production de viande en termes de pollution sont à charge du contribuable. Les coûts liés à la pollution de l’eau potable en raison de l'utilisation de fumier se chiffrent en dizaines de millions et la pollution à l'ammoniaque résultant de l’élevage intensif pèse sur la société à concurrence de centaines de millions d’euros par an. De plus, les pollueurs bénéficient de subsides européens (par exemple grâce à des subsides à l’exportation de viande porcine).
La consommation de viande et la pollution de l'environnement méritent donc toute l’attention des autorités qui souhaitent réduire les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que des consommateurs désireux de contribuer à la lutte contre les changements climatiques.
Une journée sans viande
Si chaque Belge s’imposait un jour par semaine sans viande, le résultat représenterait une diminution de 1,8 million de tonnes de gaz à effet de serre. Pratiquement la moitié des efforts auxquels la Belgique doit consentir afin de satisfaire aux objectifs du protocole de Kyoto. Ce simple jour d’abstinence permettrait d’épargner une quantité pratiquement deux fois plus importante de gaz à effet de serre qu’un remplacement total des lampes à incandescence par des lampes économiques. Élever ce niveau d’ambition à deux jours hebdomadaires porterait l’économie à 3,6 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit la même quantité que permettrait de générer l’ensemble des citoyens belges en parcourant 2 200 km en vélo plutôt qu’en voiture. Éviter la viande 3 jours par semaine équivaudrait au gain qu'entraînerait un voyage aller-retour à Barcelone à pied plutôt qu’en avion.
Quelques avantages d'une consommation limitée de viande
Nous devons encore y ajouter les bénéfices indirects qui seraient réalisés dans d’autres domaines. Selon l’Institut WorldWatch, la production d'un kilo de viande rouge nécessite 100 000 litres d’eau, soit la quantité d’eau nécessaire à deux années de douche quotidienne. L’occupation de terres pour la production de protéines animales est pratiquement 10 fois supérieure à celle des protéines végétales. Une réduction de la consommation de viande implique de nombreux avantages dans la lutte contre la déforestation, les pénuries d’eau potable, la répartition inégale des denrées alimentaires et le gaspillage de protéines végétales destinées prioritairement à l’alimentation du bétail. Ne parlons même pas des répercussions sur la santé des consommateurs et des conditions d'élevage dans la bio-industrie.
Les solutions
Les solutions consistent en réalité en de simples questions de bon sens (même si cette problématique reste encore taboue) et reviennent à réaliser la réduction du nombre de bovidés pour atteindre un niveau supportable pour l’environnement et le climat. Pour ce faire, les autorités doivent mener une politique claire en matière de modération de la consommation de viande et les consommateurs doivent modifier leurs habitudes alimentaires.
Les mesures européennes favorisant l’élevage intensif doivent par conséquent être abandonnées. En 2007, l’Union européenne a consacré 3,5 milliards d’euros de subventions à l’élevage. De ce fait, les substituts de viande sont financièrement désavantagés face à la viande traditionnelle.
Une campagne de sensibilisation axée sur la modération de la consommation de viande et adressée aux consommateurs et aux restaurants, par l’intermédiaire des écoles et des médias peut contribuer à changer les habitudes alimentaires de chacun. Beaucoup de gens ne sont pas conscients de l’empreinte écologique de leur régime alimentaire, ni des risques sur la santé qu’engendre une consommation excessive de viande. D’autres en sont conscients, mais ne font pas suffisamment confiance à la cuisine végétarienne. D’autres encore pensent qu’adopter des habitudes alimentaires plus responsables représente trop d'efforts en termes de temps ou d'argent ou encore doutent des bienfaits sur leur organisme.
Conclusions
Pour pouvoir s'attaquer sérieusement aux problèmes climatiques, une diminution de la consommation de protéines animales est inévitable. La cause de ces problèmes réside en grande partie dans notre assiette et ce que nous y servons peut apporter une contribution réelle à la sauvegarde de l'environnement. La viande, c’est tout simplement de l’énergie gaspillée!
En-cas
Pour plus d'infos sur la cuisine végétarienne et les avantages d’une diminution de la consommation de viande et le végétarisme : l’Association Végétarienne de France : http://www.vegetarisme.info/
23 février 2009
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