
La culture du cacao en Côte d'Ivoire
La réputation du secteur de la production de cacao en Côte d'Ivoire, ce pays d’Afrique occidentale considéré comme le principal producteur de cacao au monde, n’est en la matière pas brillante. L’industrie du cacao y est invariablement associée à l’esclavagisme et au travail des enfants. Il est malaisé de préciser le nombre d’enfants concernés par ce problème, même si, d’après l’International Institute of Tropical Agriculture, ce chiffre dépasse les cent mille. Ils doivent récolter le cacao dans des conditions de travail abominables, en échange d’un maigre salaire, voire sans rémunération. Les résultats d’un rapport de 2007 établi par Global Witness indiquent même que des enfants des pays limitrophes comme le Mali et le Burkina Faso sont vendus et ensuite introduits en toute illégalité en Côte d’Ivoire pour y travailler, sous la contrainte, dans les plantations de cacao.
Une réaction des médias et des consommateurs
En novembre 2009, le magazine des consommateurs néerlandais RADAR a consacré une émission au travail des enfants dans l’industrie du chocolat. Keuringsdienst van Waarde, un autre magazine de consommation aux Pays-Bas, a également braqué ses projecteurs sur cette thématique.
L’un des réalisateurs de ce programme, le journaliste Teun Van de Keuken, poussa à ce point sa lutte contre le travail dans des conditions d’esclavage dans le secteur du cacao qu’il s’auto-accusa de complicité d’esclavagisme parce qu’il mangeait du chocolat. Il a ensuite initié une campagne qui a fait l’objet d’une couverture médiatique colossale et a commercialisé sa propre barre de chocolat, respectueuse des travailleurs et baptisée Tony’s Chocolonely. Eveline Raijmans, directrice de Tony’s Chocolonely, explique : “La majeure partie de nos fèves de cacao proviennent d’Afrique occidentale, notamment de Côte d'Ivoire et du Ghana. Toutes nos fèves sont achetées auprès de coopératives certifiées ‘commerce équitable’. Elles sont ensuite acheminées en Europe, la plupart du temps à Amsterdam, et transformées en chocolat en Belgique”.
Les informations à propos de l’esclavagisme dans l’industrie du cacao ont soulevé une vague d’indignation auprès des consommateurs et des ONG. Aux Etats-Unis, une interdiction de l’importation de cacao originaire de Côte d'Ivoire a même été envisagée. Ce boycott n’a en définitive pas vu le jour, car il aurait été une catastrophe pour des millions d’habitants de ce pays, qui vivent de la culture du cacao.
Certification : la réaction des producteurs
La situation problématique dans l'industrie du cacao n’échappe pas aux producteurs. “Nous sommes confrontés, en Côte d'Ivoire notamment, à un certain nombre de problèmes tels que la pauvreté, les retards d’éducation, les maladies et les pertes de récolte. Nous souhaitons assurer une stabilité à long terme de l’approvisionnement en fèves de cacao et créer de meilleures conditions pour les cultivateurs de cacao, leur famille, la communauté et l’environnement. Il est nécessaire, pour nos activités, de garantir la cohérence dans l’offre. Le consommateur attache en outre beaucoup d’importance à l’utilisation de fèves de cacao produites de manière durable”, précise encore Dionne Heijnen de Kraft Foods. Kraft collabore également avec la World Cocoa Foundation, une fondation internationale qui axe son travail sur l’appui aux cultivateurs de cacao et à leurs familles en matière de développement socio-économique, dont la formation, l’octroi de conditions de travail sûres et le soutien des coopératives cacaotières et de certains modes de production (par exemple, sans pesticides).
Kraft Foods a choisi la certification Rainforest Alliance Certified™. Les premières barres sont d'ores et déjà dans les rayons. Heijnen précise : “Rainforest Alliance dispose d’une réputation longue et fructueuse en matière d’appui à l’agriculture. Il s’agit d’une expertise locale et ‘sur le terrain’, dont le but est d’aider les agriculteurs à améliorer leurs modes de production agricole et leurs revenus. Nous collaborons en outre depuis longtemps avec Rainforest Alliance en ce qui concerne la production de grains de café durables”.
Les responsables de Tony’s Chocolonely sont bien évidemment aussi conscients des problèmes : “Le secteur du cacao ne se porte pas bien en Côte d'Ivoire. L’augmentation des recettes et des revenus est dans l’intérêt non seulement des agriculteurs, mais aussi de l’industrie. La question de la recherche d’un équilibre des forces entre les deux est également un point capital pour nous”, précise encore Eveline Raijmans.
Tout le chocolat de Tony’s Chocolonely est certifié Max Havelaar. Eveline Raijmans explique : “Max Havelaar se distingue par exemple de Rainforest Alliance en ce sens qu’il est issu des coopératives de paysans. Nous menons à l'heure actuelle une discussion approfondie avec Max Havelaar à propos de l’amélioration de la chaîne du commerce équitable.” Ces systèmes de certification pourraient cependant aussi encore être améliorés : “Nous sommes d’avis qu’une quote-part accrue du supplément de prix versé par le consommateur devrait aller aux coopératives et que les dépenses propres au système de certification en tant que tel devraient être réduites.” Les labels n’offrent en outre pas une garantie totale : “Il faudrait à cet effet, par exemple, que la contrebande de fèves de cacao et l’achat de fèves auprès de membres non affiliés soient totalement exclus. La certification est cependant une manière de s’assurer qu’une quantité accrue de cacao soit produite de manière plus durable et que les conditions de travail s’améliorent afin de réduire la pauvreté.”
Conclusion
Il ne fait aucun doute que l’industrie du cacao dans le Sud a encore beaucoup de pain sur la planche avant d’atteindre une durabilité complète. Toutefois, la prise de conscience croissante et les mesures adoptées par les producteurs, ainsi que par les consommateurs et les médias sont d’ores et déjà un pas dans la bonne direction : l’attention pour les aspects environnementaux et les aspects sociaux croît en effet à tous les maillons de la chaîne.
Le défi qui se pose maintenant est de savoir si cet accroissement de l’offre en chocolat durable se traduira également par une hausse de la demande. La réponse à cette interrogation … dépend du comportement de tous les consommateurs !
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