
Marylène Tucci (Fédération internationale de laiterie, FIL) : L’intérêt de la FIL pour le développement durable ne date pas d’hier. Le temps nous semblait cependant mûr pour collaborer sur ce thème avec des partenaires du monde entier.
Les 7 organisations participantes ont signé le 24 septembre 2009 le “dairy agenda for action”, une déclaration devant constituer une plate-forme régissant la future collaboration et les prochaines actions. L’industrie laitière se rend compte que les interactions entre les continents sont nécessaires pour suivre et diffuser les changements technologiques et l’évolution des connaissances. La DSI souhaite répondre à ce besoin. L’ensemble de cette initiative a été dévoilé sur le site Internet.
L’objectif majeur de la DSI est de réduire les rejets de gaz à effet de serre de l’industrie laitière. Elle souhaite à cet effet encourager le développement de techniques utiles et approfondir la prise de conscience relative à la problématique du méthane et du CO2.
Veerle Fievez (UGent): L’industrie ne s’est intéressée au méthane en tant que gaz à effet de serre que depuis ces quelques dernières années. Une collaboration ou une déclaration commune d’un tel groupe est à cet égard unique.
L’industrie laitière se rend compte que les défis sont importants. “Livestock’s Long Shadow”, l’étude mondialement reconnue de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) indique que la production de viande et de produits laitiers génère 18% des émissions de gaz à effet de serre. Une nouvelle étude des scientifiques Goodland et Anhang parle même de 51%. Qu’en pensent les organisations de terrain ?
Anne-Marie Vangeenberghe (Boerenbond): “Un nombre tellement élevés d’études à propos des rejets du secteur agricole sont publiées qu’il convient de les examiner avec les réserves d’usage. Les 18% de la FAO représentent l’étalon auquel nous souhaitons nous atteler, même si ce pourcentage est nettement inférieur en Flandre. Les études des pouvoirs publics flamands indiquent en effet que les rejets de l’ensemble du secteur agricole et horticole en Flandre fluctuent entre 7 et 9%. N’oubliez pas que nous avons réduit nos émissions de gaz à effet de serre de 29% entre 1990 et 2007. Quel autre secteur peut en dire autant ?”
Quoi qu’il en soit, l’EVA (Ethisch Vegetarisch Alternatief) estime que la DSI demeure un emplâtre sur une jambe de bois.
Tobias Leenaert: “En fonction de la source, le gaz méthane, qui est émis par l’intermédiaire des agriculteurs et des vents des ruminants, est 20 à 33 fois plus nocif que le CO2. Leur lisier dégage en outre du gaz hilarant, qui est 295 fois plus nocif et n’est dès lors pas une plaisanterie pour notre planète.”
Quoi qu’il en soit, il est positif de constater que le secteur agricole, à l’échelle de la planète, conjugue les efforts de ses acteurs pour soutenir des initiatives de recherche, promouvoir l’efficacité énergétique dans les fermes, maintenir la production et l’utilisation d’engrais sous contrôle et développer des techniques de conversion destinées à produire de l’énergie à partir du méthane. Au cours de ces 60 dernières années, des progrès majeurs ont déjà été accomplis sous l’effet de l’efficacité croissante des techniques, même si, d’après la DSI, il reste encore beaucoup de pain sur la planche. Les acteurs ont du reste déjà commencé à se retrousser les manches, comme en attestent les 260 bonnes pratiques du monde entier, regroupées sous la rubrique “Livre vert” sur le site de la DSI. Elles pourraient faire des émules chez les agriculteurs!
Ce site ne recense encore aucune initiative belge. Cela ne signifie cependant pas que rien ne bouge dans notre pays, mais seulement que les mesures belges n’ont pas encore été compilées sur le site Internet.
Marylène Tucci: Nous nous attelons à l'heure actuelle à l’établissement d’un modèle pour les initiatives. Dès qu’elles seront en ligne, nous demanderons à nos partenaires d’interpeller les leur et de dresser la liste des initiatives durables. Quatre travailleurs assurent le suivi de ces actions, afin que les initiatives réussies aient l’écho qu’elles méritent.
Veerle Fievez (UGent): “Deux types d’examen sont à l'heure actuelle en cours en Flandre. Le premier tente de réduire les émissions nocives en intervenant dans la ration des ruminants, sans réduire, si possible, la plus-value générée par ces animaux, à savoir la digestion de fibres. Le deuxième tente d’utiliser le méthane, qui est principalement produit par les animaux, en tant que source d'énergie. Pour ce faire il convient cependant de disposer d’étables fermées qui rendent une captation du gaz méthane contenu dans l’air possible”.
Anne-Marie Vangeenberghe: “L’espace disponible en Belgique est compté et notre territoire ne renferme aucune immense exploitation agricole observée en Amérique par exemple. L’empreinte de notre élevage intensif sur le climat est nettement inférieure à celle de l’élevage extensif. En outre, les agriculteurs belges ont déjà lancé de très nombreuses initiatives. Nous examinons par exemple attentivement si le soja qui est utilisé dans l’affouragement est cultivé de manière responsable au Brésil, c'est-à-dire sans destruction de la forêt équatoriale. De plus, le lisier n’est souvent plus épandu, mais injecté, afin de pouvoir réduire les quantités mises en œuvre et libérer moins de gaz. Nous encourageons en outre l’aménagement d’étables à faibles émissions et examinons les possibilités de capter les gaz libérés par le traitement du lisier et de les convertir en énergie verte. Last but not least, citons les tentatives d’optimalisation de la composition de l’alimentation pour bétail, destinées à minimiser les rejets de méthane.
Une collaboration internationale telle que la ‘dairy sustainability initiative’ témoigne de la prise de conscience observée dans le secteur. Lorsque des organisations telles que le Boerenbond auront accès, à l’échelle planétaire, aux informations figurant sur ce site Internet, l’empreinte écologique de l’agriculture diminuera réellement. D’après l’étude précitée de la FAO, les rejets de gaz à effet de serre de l’agriculture excèdent, en équivalent CO2, de quelque 4,5% ceux du secteur du transport. Il reste dès lors encore beaucoup de pain sur la planche !
Simon Schillebeeckx
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