
Impossible de l’ignorer : depuis que plusieurs grands fabricants présentent la voiture électrique comme une vision d’avenir réaliste, de plus en plus de modèles sont annoncés. Ceux-ci seraient plus respectueux de l’environnement que les voitures à essence ou diesel et n’émettraient pas de CO2. Est-ce réellement le cas ?
Inutile de se faire des illusions : rouler en voiture ne sera jamais bon pour l’environnement. En réalité, peu d’énergie est nécessaire pour déplacer les passagers d’un point A à un point B. mais les voitures sont si lourdes que la majorité de l’énergie consommée sert à déplacer et à maintenir en mouvement la masse du véhicule. Ce principe est valable tant pour une voiture à moteur à explosion, qu’une voiture à moteurs électriques.
Néanmoins, une voiture électrique présente de nombreux avantages. Le plus évident est la réduction des émissions de CO2 et l’absence de bruit de moteur. À cet aspect silencieux s’ajoute un assemblage plus simple, qui nécessite moins de pièces. La transmission et la boîte de vitesses deviennent superflues, par exemple. La réduction du nombre de pièces signifie également moins de problèmes d’usure, moins d’entretien et un moindre coût de production.
Outre le fait que le moteur électrique nécessite très peu d’entretien, il offre une plus grande puissance à un régime inférieur. La capacité d’accélération est donc excellente. Cependant, les pneus et les freins devront toujours être remplacés et des visites sporadiques chez le garagiste resteront indispensables, même si elles seront sans doute moins fréquentes qu’aujourd’hui.
Nous disions juste que les voitures électriques ne produisent pas d’émissions de CO2. Cependant, la recharge des batteries des véhicules nécessite bel et bien de l’électricité. Or si cette électricité est produite à base de combustible fossile ou de charbon, un doute subsiste quant au gain environnemental. Et quid de l’indépendance pétrolière ?
Même en faisant l’hypothèse que l’électricité est produite par des centrales thermiques (centrales alimentées par des combustibles fossiles tels que le pétrole ou le charbon, par exemple), les voitures électriques émettraient tout de même moins de CO2 que les voitures fonctionnant aux énergies fossiles. En effet, les moteurs électriques ont un plus haut rendement. Un producteur d’électricité a calculé qu’une voiture électrique émet indirectement 60 à 65 grammes de CO2 par kilomètre si l’énergie pour recharger les batteries provient d’une centrale au charbon. En comparaison : une voiture hybride émet actuellement environ 100 grammes de CO2 par kilomètre ; une citadine, 120 grammes ; une familiale, 160 grammes et un 4x4, 200 grammes. Si les batteries sont rechargées à l’énergie verte, la différence entre une voiture avec un moteur à explosion et une voiture avec un moteur électrique est naturellement plus importante.
Reste une question : serons-nous en mesure de produire suffisamment d’énergie (verte) si l’ensemble du parc automobile devient électrique ? Actuellement, environ 800.000.000 de véhicules circulent à travers le monde. Selon le WWF, un passage du simple au double n’est pas à exclure d’ici 2030. Naturellement, la transition ne se fera pas du jour au lendemain, mais progressivement. Le réseau électrique a le temps de s’adapter. Peut-être connaîtrons-nous une série d’étapes intermédiaires, comme les véhicules hybrides ou ce que l’on appelle les hybrides ‘plug-in’. De plus, comme indiqué précédemment, la voiture électrique est plus simple à assembler et réclame donc moins d’énergie pour sa production, son entretien, son utilisation et son démantèlement.
Mais cela suffira-t-il ? Nous avons fait un petit calcul : un peu plus de cinq millions de voitures circulent actuellement en Belgique. Imaginons qu’elles soient toutes remplacées par des voitures électriques avec une batterie de 25 kWh. Pour recharger cette batterie en 8 heures, une capacité de 3,125 watts est requise. Pour la recharger en dix minutes, la capacité nécessaire grimpe à 155.000 watts. Pour recharger toutes les voitures de Belgique simultanément et en peu de temps, la capacité nécessaire est de 775 gigawatts. Une quantité gigantesque qui correspond plus ou moins à la production énergétique de toute l’Union européenne. Si nous voulons tous une voiture électrique, une augmentation colossale de la production électrique s’impose donc. Et la question est de savoir si elle est réalisable.
Le seul point commun entre un réservoir d’essence et une batterie est que, tôt ou tard, les deux seront vides. Actuellement, il s’agit précisément d’un des inconvénients de la voiture électrique : l’autonomie. Une autonomie de quelques dizaines de kilomètres ne convainc personne de remplacer sa voiture habituelle par un modèle électrique. Néanmoins, les batteries lithium-ion laissent entrevoir une autonomie de 300 kilomètres. Une distance largement suffisante pour les trajets parcourus au quotidien par la plupart des gens. La batterie lithium-ion est connue grâce aux GSM et aux ordinateurs portables. Une recharge est, en principe, possible sur n’importe quelle prise électrique ; directement ou avec une station de recharge entre la prise et le véhicule. Pour recharger rapidement (environ 10 minutes) une batterie à plat, des stations spéciales avec une capacité supérieure sont nécessaires.
En attendant, diverses études restent dubitatives quant à la réserve suffisante de lithium pour répondre à la demande de batteries. Déjà, diverses sources et enquêtes se contredisent. Encore un handicap potentiel pour l’avenir de la voiture électrique.
Pour donner une chance à la voiture électrique, il est indispensable d’encore changer une chose et l’autre. Premièrement la production d’électricité verte devra rapidement être augmentée. En effet, Il y a peu d’intérêt à recharger les batteries des voitures électriques avec de l’électricité issue de centrale thermique. En outre, la voiture électrique doit être plus petite et plus légère par rapport au parc automobile actuel, de sorte, à ce que les batteries doivent être moins souvent rechargées et consomment moins d’électricité. Il n’est pas réaliste de penser remplacer toutes les voitures par des voitures électriques. Nous devons quoi qu’il en soit recourir plus aux autres modes de déplacement tels que les transports en commun ou le vélo. Alors seulement, la voiture électrique pourra cobtribuer de manière réaliste à l’amélioration de notre mobilité.
Kris Somers
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