InternationalInternational
21/12/2009
Parlons du climat avec les Bruxellois

Manneken Pis avec skis

Il fait froid dans les rues de Bruxelles. Sur la place du Jeu de Balle dans le quartier des Marolles un soleil d’hiver crée une atmosphère agréable. C’est le cadre idéal pour interviewer “le belge standard” sur le thème du sommet mondial climatique à Copenhague. Nous effectuons le sondage auprès de 30 passants d’âge, de sexe et de niveau d’éducation différents.

A tous les répondants, le nom de la capitale danoise leur est familiaire : Copenhague est à la mode. On ne peut ouvrir un journal sans tomber sur un article, entretien ou graphique sur le changement du climat. Il est donc de bon ton d’avoir une opinion sur la question. Il y quelques années encore, sur ce genre de question, on se faisait à chaque fois transferer aux écolos.

Une grande majorité (73 pour cent) se dit inquiète vis à vis de l’état de notre planète. Ils ne pensent pas que le réchauffement aura des effets directs sur leur vie quotidienne, mais ils attendent que la prochaine génération soit confrontée aux conséquences de ce manque d’engagement en Belgique. Ils sont aussi concernés par la situation dans les pays en voie de développement. “C’est très urgent. Les ouragans, les inondations et les sécheresses se succèdent à un rythme toujours plus intensif, pendant que le niveau de l’eau monte lentement”, dit Margaux, étudiante d’histoire à l’Université Libre de Bruxelles. Le chômeur Arnaud, qui suit attentivement la conversation, ajoute: “Ca ne va pas nous affecter directement. Mais dans un siècle, il est bien possible que “Bruxelles Plage” devienne réalité.”

Mais on entend aussi des voix dissidentes. Pour André et Katrien, un couple flamand âgé, toute l’histoire climatique est un peu exagérée: “Ca ne nous intéresse pas trop. En tous les cas, la Belgique est trop petite pour faire la différence.” Toutefois, ils font attention à l’utilisation de l’électricité ainsi qu’à la consommation de leur voiture, “mais c’est alors surtout pour limiter nos factures..” disent-ils. Antoine (43), qui lit Le Soir dans le café du coin, ne se dit pas non plus concerné par les évènements de Copenhague. “Ca fait des décennies qu’on est au courant du réchauffement de la terre à cause des émissions de carbone anthropogènes, et on n’a toujours pas avancé. L’euphorie collective actuelle ne va rien y changer.”

Les concitoyens n’ont pas de pitié quand on leur demande de coter les politiciens internationaux sur le sujet “Réchauffement Climatique”. Avec une moyenne de 3,6, ceux-ci peuvent dores et déjà s’inscrire à la session de rattrapage. Les politiciens belges (5,3 sur 10) le font remarquablement mieux que leurs collègues mondiaux.

“Riches et pauvres sont en train de se battre pour l’argent, pendant qu’ils devaient penser à la planète. Ils agissent comme les petits enfants”, se plaint le vendeur Mohammed (34) derrière son stand de meubilaire et petits riens.

Néanmoins, plus de la moitié des répondants (57 pourcent), demeurent confiants vis à vis des politiciens et pensent qu’ils vont faire un pas dans la bonne direction à Copenhague. Toutefois, ce ne sera pas l’accord historique dont beaucoup ont déjà parlé. Ce sera une étape, comme Kyoto en fut une, aussi.

Si on demande quelles sont les initiatives pour diminuer l’empreinte écologique, il ressort de nouveau que le belge moyen est occupé par le climat. 81 pour cent prend des mesures dans la vie quotidienne. Parmi les plus populaires se trouvent l’extinction de lumières, chauffage ou robinet quand ce n’est pas strictement nécessaire. Des efforts plus importants, comme l’isolation de la maison ou l’achat d’une voiture écologique, s’avèrent être des étapes plus difficiles à franchir. La majorité des interrogés répondent qu’ils considéreront cette option lors du prochain achat.

Le fil conducteur de ces prises de positions et de ces choix au quotidien reste toutefois le porte-monnaie. Si ce n’est pas intéressant économiquement, laisse tomber. Les stimuli fiscaux ainsi que la réduction des factures d’électricité fonctionnent le mieux.

D’après une étude de la FEB (Fédération d’Entreprises Belge) et des consultants de McKinsey, l’émission de CO2 des ménages (sans compter les voitures) en Belgique est responsable pour plus de 30 pour cent des émissions totales. C’est 72 pour cent au dessus de la moyenne européenne, principalement à cause de la mauvaise isolation des maisons belges. Suivi de l’industrie (35 pour cent) et des transports (18 pour cent) qui polluent le plus.

Sur la place du Jeu de Balle, en revanche, beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte. Aucun des 30 répondants indique les ménages parmi les pollueurs principaux. Ce sont l’industrie et en moindre mesure les transports qui sont tenus responsables de la pollution. Un des interrogés va même jusqu’à accuser les gouvernements “qui ne cessent de faire la guerre”.

Les premiers commerçants commencent à fermer leurs stands. Leur matériel disparaît dans quelques camionnettes polluantes, dispersées le long de la place. Christian, un étudiant de 25 ans qui espère encore dénicher la bonne affaire, fait le résumé: “La solution n’est pas tombé à Kyoto, et Copenhague ne sera qu’une étappe en plus. Les politiciens, les entreprises et surtout chaque citoyen doit faire un effort. Alors on peut se donner un nouveau rendez-vous en l’an 2050.”

En guise de conclusion, on constate qu’il n’y a pas encore question de “fatigue climatique”. Copenhague est un thème actuel, et la grande majorité se rend compte de son importance. Au niveau international, en revanche, les politiciens déçoivent. On compte sur les autorités nationales pour stimuler le citoyen à modifier son comportement.

par Simon van Dorpe

Printer-friendly versionSend to friend
Source : http://www.brusselblogt.be/2008/01