
La biodiversité est globalement en déclin et les entreprises y peuvent quelque chose. A l’entame de l’année internationale de la biodiversité décrétée par l’ONU (www.cbd.int/2010/), c’est le point de vue réaliste et volontariste que le Conseil fédéral du développement durable (CFDD) a voulu développer lors d’une matinée de témoignages, le 19 janvier dernier à Bruxelles.
Succès de foule pour cette matinée consacrée à la biodiversité et aux entreprises, le 19 janvier dernier. Une centaine de représentants d’entreprises, de mouvements naturalistes et d’administrations avaient répondu à l’invitation du Conseil fédéral du développement durable. Accueillis dans les locaux de la Fédération des Entreprises de Belgique, les participants ont eu l’occasion de discuter de la conciliation des impératifs économiques et de préservation de la biodiversité. Aperçu des enjeux à travers les exposés d’experts et d’acteurs d’expériences emblématiques (Toutes les interventions, à télécharger, sont sur le site du CFDD : www.belspo.be).
A politique inchangée, l’abondance moyenne des espèces sera passée de 72 % à 61 % dans le monde a rappelé Anne Franklin, directrice du Point focal national pour la Convention sur la diversité biologique. En Belgique, 5 à 15 % des espèces sont menacées d’extinction, tandis que 30 à 70 % régressent, a indiqué Olivier Guillitte, maître de conférence en botanique à l’ULg.
Or, la biodiversité – entendue comme la diversité au sein des espèces et entre espèces, ainsi que celle des écosystèmes, dont l’Homme fait partie – remplit de nombreuses fonctions : protection naturelle contre certains phénomènes climatiques (la mangrove atténue les effets des ouragans et des tsunamis, par exemple), contribution à la production de biens essentiels à la vie humaine (via la pollinisation des cultures par les abeilles et autres insectes butineurs, par exemple), etc.
Des tentatives expérimentales de chiffrer les services rendus par la biodiversité existent. Mais de façon déjà très concrète, des retards dans l’application de la directive européenne « oiseaux et habitats », chargée de protéger les espèces rares ou menacées, valent des amendes aux régions et aux Etats membres. La Flandre aurait ainsi une ardoise de 27 millions € de dommages auprès de la Commission européenne, explique Peter Symens, collaborateur politique de Natuurpunt (association de conservation de la nature, équivalent flamand de Natagora).
Concertation et anticipation
Depuis quelques années, Natuurpunt et la société gestionnaire du port d’Anvers développent une collaboration étroite afin d’anticiper l’application de la directive « oiseaux et habitats » dans la zone portuaire. Cette collaboration a donné lieu, en 2009, a une nouvelle législation environnementale, en Flandre, qui repose sur une conservation active des espèces et plus seulement sur une protection passive. En s’appuyant sur une véritable programmation de la protection des espèces, elle renforce ainsi la sécurité juridique pour toutes les parties : environnementalistes, entrepreneurs et autorités publiques.
Si une espèce protégée est repérée sur une zone prévue pour une extension industrielle, un échange d’affectation peut être réalisé au plan d’aménagement du port. Des terrains inoccupés par les entreprises sont intégrés dans un maillage écologique favorable à la circulation d’espèces rares. Des « trucs et astuces » sont communiqués par courrier aux entrepreneurs afin d’adapter certaines pratiques sans coût supplémentaire. « Au début il a fallu convaincre les entreprises, explique Peter Symens. Aujourd’hui, elles viennent frapper à notre porte pour proposer leurs services ou demander conseils ! »
« D’une manière générale, les entreprises ont le choix entre réduire leurs impacts négatifs et renforcer leurs impacts positifs sur la biodiversité », commente Olivier Guillitte. Et de citer un guide (Il existe un guide à cet effet, à télécharger) qui reprend une série de démarches simples et peu coûteuses à réaliser par les entreprises dans leur environnement immédiat : gestion des eaux de pluie, choix des essences pour les plantations de haies, « prêt » d’espace à la nature, etc.
Un leader cherche à montrer l’exemple
« Pour pouvoir encore vendre du poisson aux générations futures, nous jouons notre rôle afin de tendre vers une exploitation durable des ressources halieutiques » a déclaré Katrien Verbeke au nom du groupe Delhaize. Celui-ci a décidé de faire de son offre de produits halieutiques un modèle de durabilité : cahiers des charges et certification imposés aux fournisseurs, arrêt de la vente de poissons lorsqu’ils sont menacés (comme le thon rouge par exemple), renforcement de la communication avec les consommateurs, ... Toute la chaîne est concernée, dans une optique d’amélioration continue. L’objectif est de parvenir à une chaîne du poisson 100 % durable en 2012, avec l’aide du WWF pour la réalisation d’un label global qui complètera les certificats applicables produit par produit.
Vers des politiques plus macro ?
Frédéric Chemay, représentant le Ministre fédéral du Climat et de l’Energie Paul Magnette, a rappelé l’adoption, en novembre dernier, du premier plan fédéral pour l’intégration de la biodiversité dans l’économie, la coopération au développement, la politique scientifique et le transport. Il prévoit notamment la création d’un fonds fédéral biodiversité, en gestation.
Mais le véritable changement est peut-être ailleurs. D’après une étude de marché réalisée par le groupe Delhaize, les clients attendent que le distributeur fasse lui-même le choix d’offrir des produits dans une démarche de développement durable, selon Katrien Verbeke. Le début de la fin du discours sur les-petits-gestes-quotidiens-que-peut-poser-chaque-consommateur-pour-sauver-la-planète ?
Emmanuel De Loeul
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